Le loup et la gestion des attaques

L’élevage ovin en France connaît une crise économique comme beaucoup d’activités agricoles. Son pire ennemi est bien sûr les importations de viande en provenance de la nouvelle-zélande. Mais, ces dernières années les attaques de canidés (attention à la subtilité) sont devenues récurrentes et peuvent parfois menacer l’équilibre financier d’un élevage. Les médias crient au loup bien assez vite pour qu’il soit vite désigné comme coupable. Une gestion de sa population pour limiter ces attaques a été mise en place par le ministère de l’environnement. Quelle est la situation en réalité ? Et quelle est son efficacité ? On en parle tout de suite !
Pour bien avoir tous les éléments nécessaires à la compréhension de cet article quelques détails sont à bien avoir en tête :

  • Le loup est un carnivores quasi exclusif vivant et chassant en meute avec une hiérarchie précise. Il favorisera un animal facile à attraper.
  • Les éleveurs touchent des aides pour chaque brebis tuées, mais attention, elles ne couvrent pas nécessairement l’investissement financier à affectif (même si cette part touche surtout le berger) que représente la brebis. Les indemnités dépendent de beaucoup de facteurs comme la présence de chiens de protection, le mode de garde ou encore la présence du berger à proximité ou non.
  • Les brebis sont très grégaires et affolées elle ne font pas toujours (oserai-je dire jamais) des choses intelligentes.
  • Beaucoup d’attaques sont attribuées au loup, mais sont le fait de chien errant (voilà pourquoi normalement un chien doit rester sous contrôle de son maître mais c’est un exemple parmi tant d’autres).

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Gardez ces détails en tête, ils sont importants. Tout n’est jamais tout blanc ou tout noir. Dans des pays comme l’Italie ou encore la Roumanie, où l’élevage ovin ainsi que le loup sont présent, la cohabitation semble se faire beaucoup mieux qu’en France. Le loup est un formidable régulateur des écosystèmes. Dans le parc du Yellowstone où ils ont été réintroduits, une étude résumée par cette vidéo à montrer que leur présence a permis à plus ou moins court terme de rétablir un équilibre des écosystèmes jusqu’à stabiliser le lit des rivières. Mais dans ce parc national, il n’y a pas d’élevage et donc la nature fonctionne de manière complètement naturelle sans influence de l’Homme (à part quelques chasseurs). En France le loup, contrairement à ce que certains veulent véhiculer, est revenu naturellement sans réintroduction. Cela a créé des conflits d’intérêts avec les chasseurs et les éleveurs.

Cette année le ministère a décrété que 36 loups pouvaient être abattus dans le cas d’attaques. Bien souvent les loups morts braconnés ou tués par collision avec une voiture ne sont pas enlevés de ce quota. A l’heure actuelle certaines meutes augmentent en nombre, de nouvelles se forment dans des endroits où l’on envisageait pas de les voir de si tôt. Pour autant, la population n’est pas encore assez stable et ne compte pas assez d’individus pour être considérée comme sauvée. Il reste une espèce protégée. Les attaques de loup sont moins nombreuses que les attaques de chiens errants et font souvent moins de dommages. Les tirs sont donc malheureusement souvent peu justifiés. Les autres moyens de défense sont les chiens de protections, les nuits en filet et la présence de l’Homme. Certains bergers préfèrent les couchades libres ayant l’impression que les nuits en filet étaient trop prévisibles. Mais dans tout cela aucun test n’avait été fait pour voir l’efficacité réelle de ces méthodes. Chacun choisissait en fonction de son expérience personnelle et du contexte local.

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Une étude récente a été réalisée pour mesurer l’impact des tirs de prélèvements et pouvoir les ajuster au mieux. Lorsqu’une personne habilitée tir un loup, il lui est impossible de savoir quel est la place hiérarchique de celui-ci dans la meute. Cette place ne détermine pas seulement l’ordre de nourrissage ou encore le droit de se reproduire, chez le loup les alphas dominants ont aussi un rôle régulateur pour la meute. Ce sont eux qui décident quand ils se déplacent, quand la meute chasse et quelle proie sera tuée. Bien souvent une meute équilibrée choisira un individu plus faible que les autres de beau gabarit pour nourrir tout le monde. Lors des tirs de prélèvement si l’un des alphas est tué la meute se disloque. Des tensions apparaissent et les individus s’étalent sur un plus vaste territoire. Les meutes n’étant pas grande en France, il est courant que des individus solitaires se mettent à chasser. Finalement, cette étude a montré qu’au lieu de réguler les attaques par les tirs de prélèvement ceux-ci avaient l’effet inverse. Les meutes étant instables et le nombre d’individus solitaire augmentant, le gabarit des animaux chassés diminue et les brebis deviennent des cibles parfaites. De plus pour reconstituer une meute, les loups augmentent naturellement le nombre de petits ainsi les tirs de prélèvement augmente la fréquence des attaques.

Si aujourd’hui la solution parfaite pour faire cohabiter éleveurs, chasseurs, faune sauvage et touristes n’existe pas. Il est maintenant certain que les méthodes d’abattage ne sont pas une alternative envisageable pour une gestion durable et sereine.

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